Alerte sur la fonte de la banquise de l’Arctique
PARIS (France), 29 août 2012 – A la veille de l’ouverture d’une réunion internationale sur le climat jeudi à Bangkok, scientifiques et ONG réclament des mesures urgentes pour limiter les émanations de gaz à effet de serre, après l’annonce d’une fonte record de la banquise de l’Arctique.
La banquise fond tous les étés, mais cette année, avant même la fin de la période estivale, elle ne s’étend déjà plus que sur 4,10 millions de km2, soit près de 500′000 km2 de moins qu’à la même époque en 2007, et 70.000 km2 de moins que lors du précédent record établi le 18 septembre 2007.
Cette annonce, faite lundi par le Centre américain de données sur la neige et la glace, a été confirmée mardi par l’Institut russe de recherche scientifique pour l’Arctique et l’Antarctique.
Il s’agit d’ »un indicateur très visible, palpable, du réchauffement climatique« , a souligné le climatologue français Jean Jouzel, vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).
Il cite d’autres signes cet été d’un « réchauffement exceptionnel » de l’Arctique : la fonte de la neige sur la quasi-totalité de la surface du Groenland, ce qui contribue à l’élévation du niveau de la mer ou encore le détachement d’un immense bloc d’un glacier du Groenland.
Cette fonte de la glace de l’Arctique intervient après le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré dans l’hémisphère nord.
« Il y a plusieurs régions du monde où, de fait, le changement climatique semble aller plus vite, et avec plus d’ampleur que ce que prédisaient les modèles« , a indiqué à l’AFP Michael Mann, auteur d’un rapport majeur des Nations unies sur le changement climatique.
Pour Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International, « ces chiffres sont la preuve irréfutable que les émissions de gaz à effet de serre responsables du dérèglement climatique sont en train de détruire un écosystème crucial pour la planète« .
Bob Ward, responsable de la recherche sur le climat à la London School of Economics, a relevé qu’à la vitesse actuelle de réchauffement, « on peut s’attendre à ce que d’ici quelques dizaines d’années la glace de l’Arctique disparaisse complètement pendant l’été« , ce qui aurait notamment un impact sévère sur des espèces telles que les ours polaires, les phoques ou les morses.
En outre, la fonte de la banquise est à la fois une conséquence du réchauffement climatique et contribue aussi à l’aggraver, car la fonte « remplace des surfaces réfléchissantes par des surfaces absorbantes« , souligne Jean Jouzel.
Ce qui explique que les régions de l’Arctique « se réchauffent près de 2 fois plus rapidement que la moyenne globale« , poursuit-il.
La publication de ces données intervient juste avant la réunion sur le climat de Bangkok, à partir de jeudi, et la réunion à partir du 18 septembre de l’Assemblée générale de l’ONU. Deux occasions, selon les spécialistes, de faire face à l’urgence.
Pour Kumi Naidoo, « nous pouvons encore réparer ce que nous avons abîmé, notamment en investissant dans les énergies propres« .
Il a souhaité que les participants à l’Assemblée générale de l’ONU « arrivent avec en tête l’image de la glace de l’Arctique en train de fondre« , et que cela déclenche « une année d’actions urgentes pour sauver l’Arctique« , avec « des investissements sans précédent dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique« .
Bob Ward estime quant à lui que cette fonte record devrait faire comprendre aux responsables réunis à Bangkok que « le rythme actuel et le niveau des réductions de gaz à effet de serre sont une réponse totalement inadéquate à l’importance des impacts du réchauffement mondial ».
Cela « doit nous encourager à tout mettre en oeuvre pour stabiliser notre climat, mais ce n’est pas la route que l’on est en train de prendre« , déplore Jean Jouzel.
Source : Agence France Presse
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